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Diffusions
IMPERIALISMES L’impérialisme européen réussira à diffuser le cheval sur tous ses nouveaux territoires : au Nord, en 1632, les cavaliers Cosaques fondèrent Yakoutsk, ville-prison des tsars, capitale la plus nordique du monde (- 69,8°C) après une terrible résistance des populations Bouriates, descendants des mongols. Au Sud, en 1642, le Hollandais Tasman abordait en Australie et fondait la Tasmanie. En 1643, l’Afrique du Sud ignorait le cheval ! Quatre chevaux en provenance de Java, au sang mêlé d’Arabe et de Barbe étaient débarqués au Cap par la Compagnie Hollandaise de l’Est Indien. Les Sothos, dans la contrée la plus méridionale d’Afrique aperçurent pour la première fois un cheval en 1825, lors de la guerre des Anglais contre les Boers (paysans en néerlandais). Quarante ans plus tard, ils montaient si bien qu’on les appela les Indiens d’Afrique, les poneys basuto transportent maintenant une population qui " ne fait de préférence aucun pas à pied ". Après avoir diffusé un instrument militaire, l’Empire Britannique, avec la duplicité des français, récupérera en Orient des idées et des chevaux pour réinventer le système actuel des courses et des sports équestres. Entre 1189 et 1199, Richard Cœur de Lion, de retour des Croisades, avait importé la race arabe en Angleterre et avait institué la première course anglaise dotée d’un très gros prix, 40 livres d’or, sur les landes d’Epsom, mais il faudra attendre le 17ème siècle pour qu’en 1660, Charles II (1660-1685) importe des étalons orientaux et les royal mares, juments de même provenance. En France, en 1683, Louis XIV et la cour assistèrent à une "course internationale" dans la plaine d’Archères où il y avait " mille pistoles au gagnant ", c’était l’amorce d’un futur système français des courses de chevaux. . A la fin du 17ème siècle, l’Angleterre importa des chevaux arabes et trois d’entre eux deviendront les ancêtres de tous les chevaux de race autorisés à être inscrits au stud-book du " pur-sang " : Darley Arabian (échangé à Alep contre un fusil de chasse par le frère de John Brewster Darley qui le lui envoya en 1705. Il venait du désert de Palmyre, de race hochlani. Godolphin Arabian, était un cheval qui tirait un tonneau dans les rues de Paris, c’était un cadeau du bey de Tunis à Louis XV. Remarqué par Mister Croke, un anglais à Paris, celui-ci l’acheta et le revendit en Angleterre au Lord Trésorier Godolphin, il est à l’origine de 80% des pur-sang actuels. Byerley Turk était le cheval d’armes du capitaine Byerley, il fut importé sous Guillaume II (1689-1702). Avec eux, le cheval arabe allait être à l’origine d’un nouvel essor de l’hippisme mais cette fois à finalité récréative. Ce n’est que le 5 mai 1967 que l’émir de Dubaï, Rashid al Maktoum, grand amateur de chevaux dans la tradition du pur sang arabe, en emmenant ses fils, en formation à Cambridge, Mohamed et Hamdan, aux courses à Sandown Park ramènera les princes arabes dans le circuit des courses internationales. Un autre descendant du prophète, l’arménien Aga Khan, les y avait précédés. Les Al Maktoum défendront l’écurie Godolphin, casaque bleue, toque bleue. Au début du XXème siècle, le cheval était encore associé aux ostentations de princes royaux comme de présidents républicains. Le général Joffre, l’homme replet des taxis de la Marne se disputa avec un élégant cavalier, le général Foch, pour avoir l’honneur de défiler à cheval sur les Champs Elysées afin de célébrer la victoire de 1918. La statue équestre de Joffre trône devant l’Ecole militaire, face à la Tour Eiffel, face à la frontière, mais aussi face à la statue de Foch située Place du Trocadéro qui domine le Champ de Mars. Le jeune Clémenceau, médecin et journaliste, avait survécu aux Etats-Unis en donnant des cours d’équitation dans un collège féminin mormon. Edgar Faure en 1956, avait conseillé Habib Bourguiba pour sa mise en selle afin qu’il puisse retourner, défilant à cheval, à la conquête politique de Tunis. Le cercueil du roi Hussein de Jordanie, décédé le 7 février 1999 était accompagné par un cheval bai brun, favori du roi. Au début du XXIèmesiècle, le jeune roi du Maroc, Mohamed VI, intronisé le 30 juillet 1999, a défilé à cheval pour son couronnement. Sur des affiches géantes, Oussama ben Laden, au Pakistan, et Sadam Hussein, en Irak, se montraient à cheval en 2001 pour rappeler Saladin pourchassant les Croisés. Le 2 mars 2003, les présidents des Républiques algériennes et françaises défilaient à Alger escortés de cavaliers montés sur des chevaux barbes alezans. Le corbillard de Ronald Reagan, président des Etats-Unis décédé le 6 juin 2004, était tiré par 6 chevaux zains et un septième, sellé, portait les bottes du président-acteur-westerner tournées à l’envers pour signifier " le retour du chef ", dans la pure tradition de l’Ouest américain. La couronne d’Angleterre est sans doute la référence mondiale en défilés de carrosses. Le dernier en date est celui des obsèques de la reine mère, décédée le 30 mars 2002. C’est encadré de la Garde républicaine à cheval que le président de la République française remonte les Champs Elysés chaque 14 juillet. C’est aussi autour du 14 juillet que les nomades mongols se réunissent en République Populaire de Mongolie comme en Mongolie intérieure chinoise pour célébrer une fête identitaire, le nadam, avant de se disperser dans la steppe, comme en vacances estivales. Pour les chamanistes, caresser le cheval vainqueur en sueur est sensé porter bonheur. Le mythe du cheval, attribut du chef, s’affiche en permanence depuis les frises du Parthénon jusqu’à la porte de Brandebourg, de la petite place centrale de la Roche-sur-Yon avec la statue de Napoléon 1er à celle d’Istambul pour la statue d’Attaturk, sans oublier la place Saint-Marc à Venise, celle des Quinconces à Bordeaux ou le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris. Entre l’Allemagne et la France, rivales mimétiques, la rémanence de la guerre était le moyen de résoudre des crises engendrées par les surproductions du système libéral capitaliste. Les chevaux, futures victimes des nouvelles technologies à moteur, firent partie des victimes expiatoires entravées dans les barbelés ou fauchés à la mitrailleuse ou simplement épuisés par les marches forcées. Plus d’un million de chevaux et mulets seront démobilisés ou perdront la vie au cours de la guerre 1914-1918. Au 12ème régiment de cuirassiers, le maréchal des logis Destouches, qui n’était pas encore l’écrivain Céline racontera: " …mon cheval n’avait plus de dos, pauvre malheureux, tellement qu’il avait mal, rien que deux plaques de chair qui lui restaient à la place, sous la selle, larges comme mes deux mains, et suintantes, à vif…Il s’en tortillait de trotter. En montant dessus son dos, ça lui faisait si mal qu’il se courbait comme gentiment, et le ventre lui arrivait alors jusqu’aux genoux ". Cependant, le 29 septembre 1918, avec 200 chevaux barbes, " par des sentiers de chèvres " à travers les montagnes de Macédoine, 200 cavaliers français coupèrent la retraite de la 11ème armée allemande en investissant le nœud ferroviaire d’Usküb (Sköplje) capitale de la Macédoine du temps de la Yougoslavie. Pour les chevaux ce devait être " la der des der ", cependant la Cavalerie, sous couvert d’évènements sportifs, entretiendra son zèle. C’était le cheval militaire, attribut des conquérants ! La fin du cheval militaire opérationnel accompagnera la chute des Empires, la décolonisation, qui, pour la France, est sensée s’accomplir après la guerre d’Algérie, en 1962.
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