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Dominations
Le cheval, vecteur des grands Empires Il existe un parallèle entre la domestication secondaire du cheval et la complexification des sociétés. " Les élites cavalières nomades auraient pu être les vecteurs de diffusion des techniques et des langues par subjugation des civilisations dominées mais le doute est permis si l’on veut bien considérer que celles-ci, sédentaires ou urbanisées, étaient souvent plus élaborées que celles des peuples cavaliers ". On peut supposer des contacts avec emprunts réciproques. Le cheval aurait eu comme fonction de développer les contacts entre les sociétés éloignées. Un réseau à très longue distance emprunté par des élites sociales détentrices du cheval a dû se développer. Le cheval est devenu un symbole aristocratique, instrument de conquête mais aussi de parade. Toute l’administration romaine ou chinoise dépendra d’un centralisme efficace grâce à des relais de poste. Le cheval a permis la conquête de grands empires. Ces conquêtes ont diffusé un art militaire, l’Equitation, et disséminé le cheval sur tous les continents. Au début du quatrième millénaire avant notre ère, l’attelage était pratiqué en Chine et au Moyen-Orient. On attelait de front deux ou quatre chevaux à un char léger muni d’un timon portant un joug. Ce système peu rationnel avait un rendement dérisoire. L’attelage des chevaux était limité à la chasse, à la guerre et à la parade. " Cheval " se prononce " mâ " en chinois, " mor’ " en mongol khalkha, il se dit aussi " marc’h " en breton, " marcos " en grec, témoignage éventuel d’une diffusion d’un glossaire commun aux cavaliers à travers toute l’Eurasie ? Dès la fin du troisième millénaire av. J. -C., en Europe centrale et au Proche-Orient, deux foyers distincts ou deux zones de contact auraient permis le développement de l’attelage du cheval. Des peuplades nomades de langue indo-européenne Hittites et autres, se répandaient à travers la Mésopotamie, l’Inde et l’Asie Mineure. Au 2ème millénaire, les tribus hourrites, venues du Caucase avaient mis au point un char de guerre léger, doté de roues à rayons qui leur assurait une supériorité au combat. Ils implantèrent en Anatolie la civilisation du cheval. Pour Emilia Masson du Comité National de la Recherche Scientifique, CNRS, les langues sémitiques ainsi que l’égyptien accusent l’introduction du cheval en empruntant son nom à l’indo-européen. Dans un hymne du roi babylonien Shulgi, le terme sumérien ANSE. KU. RA (littéralement : " Ane du pays étranger/montagneux ") désigne le cheval. Assyro-babylonien ; sisû, Ougaritique :``ssw, Hébraïque : sûs Egyptien : ssmt déclinaisons du modèle indo-européen commun : sik’wo/*siswo- " cheval ". Au 15ème siècle av. J. -C., les Hittites n’hésiteront pas à faire venir dans leur capitale, depuis le pays Mittani, voisin et parfois rival, le maître écuyer Kikkuli qui a écrit sur des tablettes d’argile, en écriture cunéiforme, " L’art de soigner les chevaux ". Ce premier traité d’équitation connu permet de constater la permanence de la plupart des règles encore préconisées, du pansage au menage, en passant par la nourriture ou l’abreuvement. Le caractère itératif des recommandations de Kikkuli n’en feraient pas une pédagogie très adaptée à notre société et il y aurait beaucoup à redire sur l’entraînement proposé, routinier, mais il ne s’agissait que des six premiers mois d’entraînement … ainsi, au 124e jour : " L’écurie est très chaude vers l’arrière et quand les chevaux transpirent… ils leur ôtent le harnais et les couvertures et leur mettent le bridon. Ensuite, ils les sortent de l’écurie et les lavent avec de l’eau chaude. Après, ils les descendent à la rivière. Et, par cinq fois, ils les massent en frottant avec de l’eau. A chaque fois, ils leur donnent une poignée de foin et une poignée de grain. Lorsqu’ils remontent de l’eau, ils les conduisent à l’écurie et ils leur donnent une truelle de bouillie. Ensuite ils leur donnent le grain de leur ration… ". C’est toujours dans cet ordre que les grooms traitent les chevaux de compétition. . Quant aux règles de sécurité … elles ne semblaient pas exister. 1 184 ans avant J. C les " marins " grecs auraient réussi à pénétrer dans Troie en se cachant dans un cheval en bois et à remporter la victoire sur Priam par la ruse, en " cédant d’abord pour reprendre ensuite". (Pour Luc de Goustines c’est la métaphore de l’Equitation de Saumur, la clé de la " légèreté " à la française). Au IXème siècle, Homère racontera la prise de la ville dans L’Iliade, chant XXIII. Une course de char aurait été organisée par Achille en l’honneur de son ami Patrocle, décédé. Diomède, le vainqueur, recevra une captive " distinguée pour sa beauté et l’industrie de ses mains ". Le second emportera une " cavale indomptée de six ans ". Le troisième gagnera une " cuve en métal éclatant "… Ce cérémonial appelle déjà le rite de la remise des bouquets par les hôtesses au vainqueur d’une étape de Tour de France et les coupes Davies et boucliers de Brennus aux vainqueurs de nombreux tournois en tous sports de par le monde. Avant de professer l’Equitation avec Xénophon, les " marins grecs ", achéens, ont dû emprunter à Ilion et autres peuples autour de la Méditerranée : C'est encore des Libyens que les Grecs ont appris à atteler à quatre chevaux. (Hérodote. Histoires IV. Ve siècle avant J. C. ). En 950 av. J. -C., lorsque Salomon introduisit le cheval chez les Hébreux*, ceux-ci considéraient alors cet animal comme un dangereux emblème de dépravation et d’orgueil et la loi de Moïse en interdisait l’usage dans les combats. Bien placé géographiquement, Salomon, ou un successeur, importa cependant des chevaux d’Egypte, il y aurait eu 40 000 stalles pour ses chevaux de trait et de cour et il en était revendus aux Hittites et aux rois de Syrie, peuples cavaliers, ce qui confirmerait la qualité de l’élevage égyptien et la rente de situation géostratégique de Jérusalem. Ce cheval égyptien, amené par les Hyksos des plateaux de l’actuel Iran, semble être l’ancêtre du cheval arabe, à partir d’un étalon donné et utilisé intelligemment par les bédouins. La reine de Saba, d’après la légende en tous cas, voulant combler Salomon, lui apporta des chameaux mais pas de chevaux, l’Arabie ne semble pas, à cette époque, capable de développer un élevage de chevaux. La Bible (Rois X-26), qui n’est pas un traité d’histoire, rapporte que le Roi Salomon avait une armée de 1 400 chars et entretenait 12 000 cavaliers. Les Croisés ont appelé " écuries du Roi Salomon " celles localisées près de ce qui sera le Temple de Jérusalem, le Dôme du Rocher, la Mosquée Al Aqsa, lieu encore éminemment géopolitique en ce début de 3ème millénaire après J.C. Actuellement deux hypothèses s’affrontent, en fonction de la datation au 14C, pour attribuer ou non à Salomon les écuries de Megiddo En 776 av. J.C, les 1ers Jeux à Olympie ont pu connaître des courses de char. Le roi d’Elide, Iphitos, justifiant un oracle de Delphes, rétablit les Jeux. Au programme, le sixième jour, des courses de chevaux étaient disputées sur l’hippodrome : le calpé, voltige en ligne sur deux juments et les courses de char, plus spectaculaires : à deux chevaux, les biges, et à quatre chevaux, les quadriges étaient menés à grandes guides par des auriges campés dans le char. Entre 390 et 371 avant J.C, le philosophe dramaturge grec Xénophon, se référant à un devancier, Simon d’Athènes, écrivit le premier traité d’équitation montée, pour les Athéniens. Mais, cette édition ne l’empêcha pas de servir d’entraîneur mercenaire pour les Spartiates qui le dédommagèrent en lui offrant un domaine près d’Olympie. Il recommandait l’équitation d’extérieur : " Puisqu’il y a des cas où le cheval devra courir dans les descentes, dans les montées et en oblique, d’autres où il devra sauter en largeur, d’autres en longueur, quelquefois en contrebas, il lui faut apprendre tous ces exercices et les pratiquer, cavalier, sans restriction, comme cheval. C’est ainsi que tous deux se tireront mutuellement d’affaire et sembleront plus utiles l’un à l’autre. " (Aux jeux Olympiques d’Athènes 2004, il n’y aura cependant pas d’épreuve d’endurance équestre et la Grèce moderne semble ignorer cette discipline quoique le vice-président de la FEI soit le grec Freddy Serpieri). Au Levant, pendant la période 221-207 av. J. -C, pour se protéger des invasions des cavaliers nomades des steppes, le premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi entreprendra la construction de la première muraille. Mégalomane, il s’était fait construire une magnifique capitale à Xianyang sur la rive nord de la rivière Wei. Son tombeau a été découvert en 1974. On y a retrouvé une armée en terre cuite avec des chevaux de grandeur nature destinés à être les gardes du corps de l’empereur. Mais, les Xiongnu (Huns d’ascendance turque) étant toujours menaçants, le général Chinois Zhang Qian n’ouvrira la Route de la soie vers l’Ouzbékistan qu’en 138 av. J. -C. Il mettra treize années pour faire son périple et rapporter de précieuses informations militaires, économiques, politiques et géographiques. Il avait ouvert la voie qui devait relier les empires romain et chinois coalescents. Les Chinois échangèrent longtemps des chevaux de la vallée du Fergana, " qui suaient du sang " contre des ballots de soie dont la fabrication relevait du secret d’état. Aujourd’hui, les fonctionnaires ouzbèques, désoviétisés, complètent leurs fins de mois en élevant les vers à soie dans leur maison.
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