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1870 - 1914
De la guerre à l’endurance hippique, La défaite de Napoléon III à Sedan le 1er septembre 1870, après la charge de Galliffet, remplaçant Margueritte blessé, sur ordre transmis par le futur général-écuyer Faverot de Kerbrech, inaugure une nouvelle période pour l’équitation française qui ne servira plus à faire directement la guerre, sabre en main, en charges massives, comme à Austerlitz (1805), après des jours de marches forcées. Les officiers, comme De La Comble ou Solas pariant entre eux, en 1882, réussissaient des exploits de vitesse sur longue distance mais trouvaient aussi leurs limites quand les incertitudes de la météo ou l’absence de la lune rendaient les parcours de nuit délétères. L’armée, en voulant généraliser une même méthode d’entraînement à plusieurs régiments en 1883, réussit à se faire interdire la pratique des marches forcées en troupe le 4 décembre 1884. Ce n’est qu’en 1899, (Galliffet étant pressenti comme Ministre de la Guerre), que fut relancée la pratique des reconnaissances d’officiers. L’Allemagne, parcourue par le Wild West Show de Buffalo Bill, en 1890, avait déjà développé les reconnaissances et testé les courses d’endurance, Berlin-Vienne et Vienne-Berlin, dès 1892. En France " revancharde ", à côté d’une équitation académique renaissante, parfois dans les cirques, initiés par l’anglais Astley, revenu de la Guerre des Sept-ans, les officiers de cavalerie influencés par le lobbying des éleveurs normands, (Loi Bocher) ou aquitains, (Courses de La Petite Gironde), essayèrent de développer une utilisation sportive du cheval, conservatoire, mais aussi laboratoire pour un mode de transport soumis à la concurrence des engins automobiles à moteur thermique, " voitures sans chevaux ", récemment vulgarisés. Ce sport accompagne aussi la campagne de réclame pour les réseaux de la villégiature. Les officiers, pluridisciplinaires, posèrent les préceptes d’une véritable Ecole Française d’Equitation hors stade, mais celle-ci sera longtemps occultée par le spectacle d’une équitation néo-olympique reproduisant l’effet de parade, en lice, des preux chevaliers. Les éleveurs normands et méridionaux, en disputant des épreuves d’endurance, se livrèrent une sévère concurrence pour convaincre les acheteurs solvables : les transporteurs parisiens et l’armée, A Paris, après l’Exposition Universelle de 1889, animée par les Rough Riders et Buffalo Bill, auréolé de ses exploits de cavalier du Pony Express, et dans de nombreuses villes, autour des hippodromes et des vélodromes, des défis se développèrent entre cavaliers et vélocipédistes. Samuel Franck Cody, son plagiaire, perpétuera ces défis, souvent sur plusieurs jours, pour captiver le public, entre 1893 et 1898. Les paris entre rough riders, les cavaliers rustiques de tous les pays, et entre ceux-ci et les pédestrians et vélocipédistes vedettes de l’époque, Dibbels, Gallot, Duncan, Meyer, Superbie animèrent vélodromes et hippodromes du nord-ouest parisien. Après les décès de nombreux chevaux lors des Raids militaires expérimentaux de Berlin-Vienne et Vienne-Berlin (1892), en Allemagne et Autriche-Hongrie, et de Bruxelles-Ostende (1902), en Belgique, celui de Paris-Rouen-Deauville (1903), en France, l’année du premier Tour de France cycliste, devait servir de cas d’école pour l’utilisation rationnelle des chevaux sur les longues distances (2 chevaux moururent cependant le lendemain de l’épreuve !) et fixer une doctrine éprouvée, mise en forme par Paul Bausil, inspirée des enseignements d’un écuyer de Saumur, le général de Beauchesne : Le lieutenant Allut, du 28e dragons, basé à Sedan, racontait en 1905, à l’issue du Raid hippique militaire Lyon-Aix-les-Bains : Les chevaux du Raid Lyon-Aix-les-Bains (Organisé les 25, 26, 27, 28 et 29 juillet 1905) Source : REVUE DE CAVALERIE n°42 p. 82-99. Par le comte d’Ideville Propos du lieutenant ALLUT : … Empruntons à ce propos, au lieutenant Allut, vainqueur du Raid de 1904, le seul des concurrents ayant pris part aux trois Raids, quelques lignes pleines d’humour et d’esprit, qui développent les raisons auxquelles, selon lui, il faut attribuer les trois victoires successives du 28e dragons : " Les résultats du raid Lyon-Aix-les-Bains est tel que nous le souhaitions tous au 28e dragons. Il est parfait que trois officiers différents, montant respectivement un irlandais, un demi-sang, un pur-sang aient remporté successivement et régulièrement la victoire. Il y en a ainsi pour tous les goûts ! C’est en outre un gros succès pour la méthode d’équitation dite du général de Beauchesne que le colonel Lavaine a importé au régiment et que le colonel Maître, ancien capitaine instructeur du général de Lignières a continué et agrémenté de quelques éléments. Cette méthode est résumée ad usum juventutis par le capitaine de Champsavin dans une brochure que nous possédons tous ici. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes du triple succès du 28e dragons. Les livres spéciaux du capitaine Bausil et du comte d’Ideville sont maintenant consultés par tous les concurrents d’un raid : ils sont le vade-mecum de tout raidman ; tous ont donc les mêmes tuyaux et sont sur le même pied d’égalité, c’est à dire sur le bon pied. Mais il est une préparation qui ne peut s’improviser en deux mois : c’est ce travail lent, ce premier dressage qui fait les chevaux engagés de l’arrière-main, marchant comme cadencés au métronome, à bout de rênes, le nez par terre et familiarisés avec le galop allongé. Jobourg, Orléans, Numidie, Rade et Vischnou, depuis leur plus tendre enfance, s’étaient donc préparés au raid Lyon-Aix-les-Bains. Ils avaient appris à se mouvoir en serpentant le galop le plus allongé, à tourner rapidement sur les hanches et à repartir de pied ferme à l’allure la plus vive (Notes sur l’instruction du cheval du 28e dragons), dressage d’une valeur inestimable sur les méandres de la route Thiers-Vichy et sur le cross-country Lyon-Aix. Et si tous les cinq avaient pali sur l’allongement et le ralentissement du pas, du trot et du galop, sur le huit de chiffres, la demi-pirouette, du moins en ont-ils été récompensés par de nombreux morceaux de sucre ( ce qui les a vivement touchés) et spécialement deux d’entre eux par leurs victoires à Aix et Vichy, Veni, Vidi, Vichy, pensait Orléans l’an passé. On ne peut imaginer de mieux préparé et de mieux fait que le parcours à travers pays de cette année : au lieu de rubans de route se déroulant monotones et interminables nous avons eu un attrayant parcours nous menant de chaumes en prairies, de sentiers en layons, avec des obstacles naturels, haies, fossés, barrières des champs, sans oublier les fameuses dalles assez semblables à des pierres tombales et sur lesquelles il était prudent de ne pas arriver à tombeau ouvert. En sorte que même ceux qui ont le plus écopé comme accidents, gardent au moins de cette randonnée le meilleur souvenir, ayant eu le loisir de galoper de clocher en clocher et, ne s’étant pas laissé hypnotiser par l’ardeur de la lutte, de sourire aux jolis spectacles de la nature. On peut donc dire de l’épreuve de 1905 qu’elle représente à peu près la perfection : son programme est bien supérieur à celui qui comprendrait une épreuve sur route suivie d’une course dont le premier serait le vainqueur du raid : le moindre défaut de cette affaire serait de ne pas correspondre à l’image que l’on se fait d’une reconnaissance d’officier. On ne voit pas très bien quarante-cinq officiers luttant sur 700m pour décider qui apportera le premier, avec un cheval crevé, un renseignement à son général. Certains (qui parlent de Raid sans y avoir pris part et qui font l’effet d’enfants de quatre ans faisant une conférence sur l’art et la manière de faire la cour aux femmes) ont fait dire à certain concurrent que les chevaux de dragons étaient plus capables que les chevaux de chasseurs de gagner l’épreuve Lyon-Aix… Les raids hippiques militaires qui eurent lieu régulièrement après Paris-Rouen-Deauville (1903) avaient été occultés et nous avons été surpris de retrouver, dans les archives de l’Ecole de Cavalerie les raids Lyon-Vichy (1904), Lyon-Aix-les-Bains(1905), Vittel-Bain-les-Bains-Vittel (1906), Fontainebleau-Fontainebleau (1907), Falaise-Paris (1907). Ils avaient été jugés " surannés et n’apprenant plus rien " par le Général Dubois, en 1907.
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